Remírez de Ganuza, un domaine avant-gardiste au cœur de la Rioja Alavesa

Lors de mon récent voyage dans la région viticole de la Rioja, j’ai eu le privilège de visiter le prestigieux domaine Remírez de Ganuza, niché au cœur du pittoresque village Samaniego. A notre arrivée, j’ai tout d’abord été subjuguée par le spectacle que nous offrait la nature : d’un côté, un arc-en-ciel de couleurs dans les vignes, avec des déclinaisons chaleureuses de rouge-bordeaux, orange et or, et de l’autre, l’imposante montagne de la Cantabrique. Pour moi,  l’automne est sans aucun doute la saison idéale pour parcourir nos belles régions viticoles.

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Une fois à la réception, nous réalisons déjà que nous nous trouvons dans un domaine pas comme les autres. Les œuvres d’art contemporain (dont l’auteur n’est autre que Javier Remírez de Ganuza, fils du producteur Fernando) qui habillent les murs rompent avec l’image traditionnelle du secteur et reflètent l’ADN du domaine.
Nous sommes reçus par la chaleureuse Monica et commençons la visite aux côtés de huit autres personnes.

visite guidée

L’origine de la propriété remonte à 1989, lorsque Fernando, ancien négociant dans le secteur de la charcuterie puis « chasseur » de terres viticoles,  décide d’acheter 27 hectares de vignes à Samaniego et d’y élaborer son propre vin.
Les premières vendanges en 1991 seront l’occasion pour le propriétaire d’observer et d’expérimenter. Il décide d’éliminer des grappes de certains pieds de vigne afin de vérifier si les raisins restants gagnaient en qualité. Il oblige les vendangeurs à réaliser une première sélection dans le vignoble et à ramener les grappes dans des palettes de 12 kgs, coutume beaucoup moins courante à l’époque. Il met en place les premières tables de sélection du pays. En 1992, il élabore son premier millésime, 20 000 bouteilles qu’il vendra en 1997 à 2 650 pesetas (l’équivalent de 16€) la bouteille. 1993 n’ayant pas été assez bon pour Fernando, il décide de ne pas commercialiser ce millésime. La production augmentera petit à petit pour atteindre aujourd’hui 150 000 – 200 000 bouteilles par an.

Autre découverte importante du viticulteur : il constate que sur une même grappe, les raisins de la moitié supérieure sont de meilleure qualité que ceux de la moitié inférieure. Avec les premiers (« los hombros », les épaules), il élabore ses grands crus, Trasnocho, Remírez de Ganuza, Fincas de Ganuza et éditions limitées. Le reste (« las puntas ») est destiné à l’élaboration d’un vin jeune, R. R.

Une fois les raisins collectés, ils sont placés immédiatement dans une chambre froide, à une température de 4°C. Le jour suivant, un deuxième tri est réalisé sur les tables de sélection, puis les raisins sont lavés dans leur propre jus.
Le moût, puis le vin, seront écoulés d’une cuve à une autre par gravité, afin d’éviter l’apparition de notes végétales qu’apportent les mouvements agressifs des pompes.

chais remirez de ganuza

Afin d’extraire le maximum de tanins et de saveurs de la façon la plus douce possible, Fernando a mis au point un système unique de pressurage : une membrane en PVC qui, une fois introduite dans la cuve, est remplie d’eau afin de faire délicatement pression sur le « gâteau » de marc. Le vin issu de cette presse est à l’origine de la cuvée Trasnocho. Une méthode qui permet d’éviter la friction entre les peaux ainsi que l’oxydation. Le résultat en bouteille est tout simplement splendide : structure, intensité aromatique, onctuosité et explosion de fruits noirs en bouche.

Autre belle découverte, Viña Coqueta 2008. Pour commencer, j’ai adoré l’étiquette, sa fraîcheur, sa féminité, sa gaîté. Une étiquette conçue par le fils de Fernando, Javier.  Au nez, c’est une explosion de fruits mûrs, de fruits secs et de notes balsamiques. En bouche, j’ai été séduite par sa densité, sa vigueur et ses tanins soyeux et fermes à la fois. Un vrai régal ! Un vin qui a dormi près de 26 mois en fût de chêne français (80%) et américain (20%), à boire dès maintenant ou courant 2020 – 2025 pour les plus patients !

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Abadía Retuerta LeDomaine : un havre de paix où l’œnogastronomie règne en maître

Vous êtes en Espagne, sur la route des vins, et vous avez soif de découvertes insolites ? Je vous invite grandement à découvrir Abadía Retuerta LeDomaine, domaine viticole et hotel 5* situés dans la Vallée du Duero, à seulement 25 minutes en voiture de Valladolid et à 2 heures de Madrid.

Et hop, c’est parti ! Vous roulez sur la route N-122 direction Soria et apercevez au loin le panneaux Abadía Retuerta.  Tout à coup se dévoile sur votre gauche la majestueuse Abbaye Santa María de Retuerta, entourée de ses belles vignes. Là, le temps s’arrête, et le sentiment d’humilité s’impose face à la beauté des paysages.

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Vous tournez à droite, direction le domaine viticole. Vous avez réservé une visite avec apéritif champêtre et ça tombe bien, car le beau temps est de la partie. Votre guide vous reçoit (les visites peuvent se faire en anglais, parfois même en français selon les guides) et vous fait monter à bord d’un 4*4. Vous parcourrez les sentiers des 700 hectares de la propriété, dont 180 sont occupés par des vignes.
Pour le reste ? Ce sont les monts, les forêts de pins, les lavandes et chênes centenaires qui dominent. Si vous avez de la chance, vous pourrez peut-être croiser un chevreuil, un sanglier, un héron, un vautour ou bien encore un nid d’abeilles (on en compte 54 pour être exact) ! Et oui, Abadía Retuerta, c’est tout un écosystème naturel dans lequel chaque « acteur » joue un rôle déterminant dans le maintien de son équilibre.

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Quant au vignoble, on vous introduira très vite la notion de terroir (« terruño » en espagnol), cet ensemble de paramètres qui font que vos vins sont uniques : le climat, les (sous-)sols, l’orientation des vignes, l’altitude, les cépages cultivés, mais aussi les techniques de vinification employées.

Chez Abadía Retuerta hors de question d’acheter du raisin ailleurs. Tout provient des 54 parcelles (« pagos ») qui composent le domaine. Parmi les cépages, on retrouve 70% de tempranillo (tempranillo vient de « temprano » en espagnol qui signifie tôt, en référence à la maturité relativement précoce du cépage), 10% de Syrah et 10% de Cabernet Sauvignon, tous deux plantés sur des sols calcaires et sur des parcelles entourées de pins, créant ainsi un microclimat. Pour le reste, on retrouve de nombreux cépages non autochtones, cultivés en petites proportions : Gewurztraminer, Riesling, Merlot,  Touriga Nacional, Sangiovese, Nebbiolo etc.  Mais pourquoi donc, vous demanderez-vous. Non Mr. Anocibar, ne cherche pas à battre le record du plus grand nombre de cépages plantés par hectare ! Angel de son prénom, curieux de nature, est préoccupé par le changement climatique et teste donc la capacité d’adaptation de ces cépages au terroir du Valle del Duero.

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Passons à présent à la vinification, ou devrais-je dire, à la micro-vinification. Chaque parcelle est vinifié de façon séparée afin de préserver leurs spécificités respectives. Autre signe de modernité, le moût puis le vin sont conduits, tout au long du processus d’élaboration, par gravité, dans le but de respecter toutes les propriétés du raisin.
Quant au chai, « le petit bijou » du domaine, il compte environ 2.000 barriques, toutes suspendues sur une structure métallique. Chacune d’entre elle dispose d’un dispositif breveté qui permet, encore une fois, de conduire le vin par gravité et de limiter les mouvements.

Une fois terminée la visite, vous prendrez place à la dégustation et vous vous laisserez séduire par la superbe cuvée Selección Especial. Vin phare du domaine, son passage soyeux en bouche ainsi que ses intenses arômes  fruités vous envoûteront. Longueur en bouche et équilibre parfait, les 14,5°C d’alcool sont en effet compensés par une belle fraîcheur. Une cuvée nommée meilleur vin rouge du monde en 2005 à Londres, dans le cadre du concours Wine International Challenge.  Vous goûterez également l’un des 4 vins de Pago (l’équivalent du cru). J’ai choisi de vous parler de Pago Valdebellón, dont je suis une grande fan. 100% Cabernet Sauvignon, il surprend par sa complexité mais aussi par  sa paradoxale finesse et puissance. Des arômes de menthe et de romarin se mélangent aux notes fruitées et épicées. Une cuvée surprenante, totalement recommandable pour les winelovers !

vino de pago

Pour clôturer le tout, vous aurez le privilège de visiter l’Abbaye Santa Maria de Retuerta, monument fondé en 1146 et habité huit siècles durant par les moines de l’ordre des Prémontés. En 2012, après 7 ans de travaux de restauration, l’établissement ouvrira ses portes en tant qu’hôtel 5 étoiles. Et attention, les propriétaires n’ont pas fait les choses à moitié. Service complet de Majordomes, restaurant couronné d’une étoile Michelin et Spa Sommelier sont autant de services luxueux mis à la disposition des hôtes. Mais ce qui m’a personnellement touchée est de l’ordre de l’intangible : la grandeur, le silence, cette sensation de temps qui s’arrête. Abadia Retuerta LeDomaine est un véritable lieu de paix et de relaxation où il fait bon être coupé du monde !

restaurant étoile michelin